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L'Orchestre National de Lille reçoit Fazil Say

Nouveau Siècle, Lille
24 septembre 2007

L'Orchestre National de Lille donnait son premier concert d'abonnement
au Nouveau Siècle avec un invité de prestige, le pianiste Fazil Say. Artiste controversé, le musicien ne laisse pas indifférent, car ses choix d'inter-prétation sont souvent très personnels, et son attitude au clavier, faite de poses et de mimiques, est très excentrique. Ce soir, il joue le Concerto
pour piano n°2
de Saint-Saëns, dans son style habituel, volubile, énergi-
que et bouillonnant, soit comme on je l'a jamais entendu, mais sans le trahir, en trouvant dans le deuxième mouvement le ton ludique et enjoué idéal. Dans le finale, il étale une virtuosité ébouriffante, jouant à cent à l'heure, trépignant sur son tabouret, tapant du pied pour marquer le rythme. C'est spécial, pas toujours du meilleur goût, mais on ne s'ennuie pas ; de plus il reste toujours musical, ne malmène pas son instrument, et semble sincèrement vivre la musique de cette façon. Il trouve également en Jean-Claude Casadesus un partenaire idéal, plein d'énergie, dirigeant en tech-nicolor, amateur de coups de boutoir, et qui fredonne presque autant que lui… Ovationné par le nombreux public nordiste, Fazil Say offre généreu-sement deux bis de sa composition : une paraphrase un peu longuette
du Summertime de Porgy and Bess, puis une longue et belle pièce dans laquelle le pianiste tire des sonorités orientales de son instrument en plaquant la main sur les cordes.

Beethoven est à l'honneur en ce début de saison de l'ONL. La Septième symphonie fut interprétée à Roubaix sous la direction d'Ariane Mathiak
[lire notre chronique du 7 septembre 2007] et nous eûmes droit aujour-
d'hui à l'Ouverture d'Egmont en début de programme, puis à la Cinquième symphonie en seconde partie. Egmont ne restera pas dans les mémoires : Casadesus y est lourd et extérieur, alors que l'orchestre est un peu flottant, notamment au niveau des cors.

La symphonie en ut mineur est d'un bien meilleur tonneau : sincère et traditionnelle, la direction manque un peu de frénésie dans un premier mouvement qui démarre bien, avec violence et emportement, mais qui manque de tension par la suite. Cependant, l'Andante con moto est magnifiquement chanté, et le diptyque des derniers mouvements est clair, solide, et bien construit dramatiquement. Les cordes de l'ONL sont chau-des et puissantes, le timbalier en pleine forme, et les cuivres sont bien
en place - avec une mention particulière pour le très éloquent premier cor. Manquant de tranchant et de présence, la petite harmonie déçoit car elle n'est pas tout à fait à son niveau habituel.

Ce beau concert, bien suivi par un public toujours fidèle fut une belle ouverture à une saison qui paraît prometteuse. Après Beethoven, celle-ci fera la part belle à deux autres compositeurs : Haydn, dont l'ONL jouera plusieurs symphonies et l'oratorio La création, ainsi que Mahler, avec prochainement les symphonies n°1, 4 et 5.

Richard Letawe