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Concert en l'honneur
des travailleurs de Noyelles-Godault

Archives Nationales du Monde du Travail, Roubaix
7 septembre 2007

En 2003, l'usine Metaleurop de Noyelles-Godault était brutalement liquidée par les financiers de Glencore qui en avaient le contrôle, nouveau désastre social pour une région qui paie au prix fort, depuis trente ans, la lente poli-tique de désindustrialisation européenne. La liquidation de la plus grande fonderie de plomb et de zinc d'Europe laisse 800 travailleurs sur le carreau, parfois mal en point à cause du saturnisme, et une bombe à retardement écologique, touchant la nature environnante, mais également les familles de riverains, dont les enfants présentent souvent des taux de métaux
lourds anormalement élevés. Les archives de cette usine centenaire, qui
fut successivement propriété des Italiens de Malfidano, des Espagnols de Pennaroya, puis du groupe Glencore de sinistre mémoire, ont été reprises par les Archives Nationales du Monde du Travail de Roubaix. Le fonds a
été traité directement sur le site de l'usine par une équipe comprenant des anciens salariés de l'usine, lesquels ont trié et classé les documents avant de les transférer à Roubaix.

Le concert de l'Orchestre National de Lille de ce soir, dirigé par Ariane Matiakh, est donné gratuitement aux ANMT en l'honneur des travailleurs de Noyelles-Godault, pour célébrer la fin prochaine du transfert des archives. Des anciens salariés étaient présents, représentant l'association Chœurs de fondeurs, constituée lors de la liquidation du site. Le programme est en partie inspiré par l'Espagne, manière de rappeler la nationalité d'un des propriétaires le plus durable de l'usine.

On débute donc par l'ouverture de l'opéra Los Esclavos Felices, de Juan Crisostomo Arriaga. Né en 1806, mort vingt ans plus tard, Arriaga est parfois surnommé le Mozart espagnol . Il a eu le temps de composer un catalogue assez fourni - un opéra, des quatuors, une grande symphonie, etc. -, mais en partie perdu, comme pour Los esclavos felices, dont ne subsiste que l'ouverture. A l'écoute de cette pièce agréable, de forme très rossinienne, il est un peu présomptueux d'en faire un Mozart ou un Bee-thoven, mais Arriaga demeure un excellent compositeur, au talent précoce, qui aurait sûrement compté parmi les figures musicales de son époque
s'il avait eu une durée de vie normale.

On poursuit avec la Symphonie espagnole d' Edouard Lalo, dont le soliste est Graf Mourja, bien connu du public nordiste pour sa participation réguliè- re au Festival Juventus. Les conditions de ce concert ne sont pas idéales, car le hall des Archives nationales n'est guère adapté à la pratique musi-cale : plafond bas, structure métallique, spectateurs placés en croix par rapport à la scène. Pourtant, l'exécution de cette symphonie est de bonne tenue, avec un orchestre bien mené par Arianne Mathiak, qui donne du rythme et des couleurs, et évite de noyer le soliste malgré l'acoustique difficile. Celui-ci est d'une sobriété exemplaire, évitant de se laisser aller
à des déborde-ments folkloriques, sans que cette rigueur puisse être con-fondue avec de la sécheresse. Vif, élégant et stylé, le jeu du violoniste est virtuose mais sans ostentation, et la légèreté de ses phrasés, sa musica-lité pure et généreuse font merveille, particulièrement dans le deuxième mouvement, Scherzando, dont le rythme de séguedille est très gracieusement rendu.

Pour clore le programme, la Symphonie n°7 de Beethoven. Mathiak la diri-ge avec rigueur et fermeté, d'un geste assuré, usant d'articulations courtes, et demandant peu de vibrato aux cordes. Son interprétation est énergique, mais ne manque pas de subtilité, et l'équilibre entre les pupitres est très honorable vu les conditions sonores évoquées. Le premier mouvement
aux accents tranchants est bien rythmé, très maîtrisé, alors que l'allegretto, au tempo allant, mené sans grandiloquence, présente une belle variété d'accents. La pâte sonore est légère ; les deux derniers mouvements
sont bondissants, avec un finale plein de brio et de volonté.

Avec ce concert, l'ONL commence donc sa saison en beauté, à l'extérieur
de ses bases comme il en a l'habitude. La venue de Fazil Say à la fin de ce mois marquera le début des concerts d'abonnement au Nouveau Siècle.

Richard Letawe