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L'Orchestre National de
Lille
apprivoise Bruckner
Nouveau Siècle, Lille
19 février 2007
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Quelques jours après avoir terminé une belle intégrale
des symphonies
de Brahms, l'Orchestre National de Lille continuait d'arpenter
le répertoire germanique, en programmant le Concerto pour
violon de Beethoven, qu'il joue très souvent comme la
plupart des orchestres, et la Symphonie n°3
de Bruckner, un compositeur que l'ONL aborde rarement. Pour diriger
ce concert : Kees Bakels, chef néerlandais, ancien
directeur musical des orchestres de Bournemouth et de Malaisie,
et dont la carrière discographi-que est auréolée
de succès, notamment dans Lalo et Rimski-Korsakov.
Sa direction dans le Concerto en ré majeur Op.61
de Ludwig Van Beethoven est compétente et sans accroc,
mais aussi quelque peu aga- çante, car trop insistante dans
sa manière de vouloir faire un sort à chaque note,
compliquant les phrasés, et morcelant la ligne. Au violon,
Augustin Dumay est lui aussi auteur d'une prestation assez
étrange, avec un début très scabreux, pas en
rythme et pas très juste. Il se rattrape cependant assez
vite dans ce premier mouvement, et les petites scories techniques
sont vite oubliées, car le soliste touche juste et chante
ce concerto d'une façon très personnelle. Ce mélange
de fragilité, d'élégance et de lyrisme
est tout particulièrement appréciable dans le Larghetto
dans lequel sa sonorité ensoleillée fait merveille.
Quel dommage qu'il force ensuite le ton en adoptant un jeu musclé
et rugueux dans le Finale qu'il rend nerveux et instable,
ce qui déséquilibre une prestation jusque là
assez convaincante.
Après la pause, l'ONL s'attaque à la monumentale
Symphonie n° 3 en ré mineur (version de 1889,
édition Nowak) d'Anton Bruckner. Mené par un
chef très compétent dans ce répertoire, et
à la technique de direction qu'on pourrait qualifier de didactique,
l'orchestre se comporte de manière très honorable.
Bien sûr, on n'est pas ici au niveau de perfection qu'atteignait
le Concertgebouw dans la même uvre quelques jours plus
tôt à Bruxelles, mais il faut souligner la cohésion
de l'ensemble, son application et un en-gagement qui ne faiblit
pas. Les cordes sont belles, brillantes et soyeuses, même
si elles manquent de densité, et les vents assurent leur
partie avec justesse et finesse. Les cuivres sont un peu fluctuants,
mais plus en forme que durant le cycle Brahms, et le tout forme
un ensemble de bon niveau. Bakels donne de cette symphonie une version
fluide, lyrique et colorée, et n'hésite pas à
prendre des risques en bousculant parfois les rythmes et
en accentuant les contrastes de tempo. Seul le mouvement lent est
moins convaincant, assez maniéré et trop complaisant,
mais le reste est engagé
et incisif.
Le succès public est au rendez-vous : le Concerto
de Beethoven est ova-tionné, ce qui est un peu forcé,
et Bruckner semble avoir passionné le
public : auditoire très attentif et triomphe lors des saluts.
Richard Letawe
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