© bruno amsellem

Orchestre National de Lyon

Cité de la Musique, Paris
20 janvier 2004


Voilà déjà deux ans que la formation lyonnaise ne s'était produite sur
la scène parisienne. On la retrouve ce soir dans un programme assez éclectique, regroupant des œuvres de la première moitié du 20ème siècle, ponctuées d'une récréative incartade mozartienne. Pour commencer, La
Création du Monde
, écrite par Darius Milhaud pour les Ballets Suédois en 1923, plonge le public dans l'ambiance faussement nègre de ces années là. Malheureusement, si les musiciens de l'Orchestre National de Lyon s'avèrent, à leur habitude, irréprochables, David Robertson donne une lecture plutôt terne et sans profondeur. C'est plat comme une figure posée sur une toile par un peinte qui aurait renoncé à travailler son fond : c'en est choquant, car l'on sait comment ce chef a pu donner Mahler au printemps dernier, par exemple, en soignant non seulement les contrastes mais aussi les couleurs de l'orchestre. Pour ce qui est des contrastes, ils sont bien au rendez-vous, aujourd'hui, mais dans la superficie de l'opaque immobilité d'une marne vaseuse.

Le pianiste Emmanuel Ax gagne la scène dès après pour donner le Concerto n°17 de Mozart. Son jeu, d'une grande précision, entretient une sonorité toujours élégante, un brin feutrée, qui n'est pas sans annoncer Schubert. Discrétion et musicalité sont de mise pour une interprétation remarquable. En revanche, on n'a pas toujours pu goûter les délices de
sa lecture, tant la direction de Robertson s'est affirmée dans la lourdeur ;
un choix de tempo nerveux pour l'Allegretto a transformé le mouvement en ouverture de Rossini, par exemple. Cela dit, quelques beaux échanges
des solistes de l'orchestre ont délicatement souligné le relief de l'écriture.

Dans le Concerto pour deux pianos, percussion et orchestre composé par Bela Bartok en 1943 à partir de sa Sonate pour deux pianos et percussion de 1937, le chef s'est montré plus attentif aux équilibres. Cette fois, les plans sonores de son instrument sont mieux différentiés et les climats
sont parfaitement réalisés. La désolation du second mouvement fut indéniablement le meilleur moment de ce concert. On est surpris de constater qu'avec des interventions pourtant sporadiques, les deux pianos se trouvent sou-vent couverts par l'orchestre : cela permettra de relativiser
la déception relatée sur Mozart - je veux dire que si Ax tout comme Yoko Nozaki, par ailleurs bonne technicienne, ont un tout petit son, l'orchestre
ne peut pas non plus chuchoter sans cesse pour qu'on les perçoive.

Enfin, cette soirée s'achevait avec la Symphonie Classique en Ré majeur Op.25 n°1 de Sergeï Prokofiev. Dès les premières mesures de l'Allegro, une certaine richesse de couleurs saisit l'auditeur. Ici, David Robertson montre un peu du meilleur de lui-même, avec une toile bien préparée.
Si le premier mouvement demeurait toutefois un peu brutal, le Larghetto
est parfaitement élégant, quant à lui, dans une grande finesse d'articulation. La tendresse définira le mieux sa lecture de la Gavotte. En revanche, le Final, pour rouler tout seul, n'en est pas moins superficiel que l'ouverture
de ce concert ; c'est dommage, car il vient en quelque sorte annuler le plaisir des trois autres mouvements.

Pour conclure, on pourra dire que le concert fut assez inégal, que David Robertson semble avoir tenté quelques moments de musique qu'il n'a pas réussi à tenir, et que l'on est resté sur sa faim, tout simplement.

Bertrand Bolognesi