© jörg weber

Un Beethoven bien décevant

Palais des Sports, Bordeaux
31 janvier 2008

Lors de cette soirée bordelaise, la musique de Beethoven n'était pas entendue sous son meilleur jour. La première déception survient dès l'introduction du 3ème Concerto pour piano. L'entrée de l'orchestre est
bien loin du caractère grandiose et de l'ébullition de cette œuvre. Pourtant, dans le long premier mouvement (plus de quinze minutes), le compositeur porte déjà les thèmes à incandescence. Ici, le dialogue ne s'établit pas vraiment entre les musiciens de l'Orchestre National de Bordeaux Aqui-taine et le soliste Markus Groh, malgré quelques moments de grâce, en particulier dans le 2ème mouvement où la douceur des vents et les pizz' des cordes se mêlent parfaitement à la sobriété voluptueuse du pianiste. Ce dernier livre une interprétation techniquement impeccable. On apprécie son toucher et son lyrisme dans le second épisode. Il séduit par sa sensibilité autant que par sa ferveur. Le public goûte son époustouflante mécanique digitale - rappelons que l'artiste allemand obtenait en 1995
le fameux concours Reine Elisabeth et que, depuis lors, il s'affirme sur la scène internationale. Le Finale est agréable de légèreté mais, une fois de plus, l'orchestre déçoit. Il ne soutient pas le soliste ni ne cherche à jouer avec lui : jamais le tutti ne se bat, ne le soutient ou ne le provoque. C'est pourtant ainsi que Beethoven a écrit cette page. Les instrumentistes manquent souvent de précision et d'expressivité, en particulier dans
le troisième mouvement.

La deuxième partie de concert s'est révélée plus réussie.
Comme la pièce précédente, la Symphonie n°2 est une œuvre de jeu-nesse. L'influence des cadres classiques reste présente. C'est d'ailleurs l'Orchestre de Mannheim qui est sollicité, orchestre classique par excellen-ce, avec cordes, bois par deux et percussions. Cette fois, le chef Kwamé Ryan livre une interprétation claire et pensée. Sa partition est annotée
sous tous les angles. La formation répond bien à ses attentes. Une belle intensité se dégage du premier mouvement. Les quatre mouvements contrastés s'enchaînent parfaitement bien. L'exécution passe avec beau-coup d'aisance du lyrisme du second épisode à la légèreté du 3ème.

Le compositeur André Jolivet faisait remarquer que tout le génie beethovénien était représenté dans cette symphonie. Il s'y trouve "pres-
que tout entier lui-même : noble dans la solennité de l'introduction
Adagio, énergique et fier dans l'Allegro puissamment construit, rythmé et orchestré, tendre dans le Larghetto, malicieux enfin dans le Scherzo et surtout dans
le
Finale". L'attention et le rythme sont maintenus, car les tempi choisis conviennent très bien. On salue la belle prestation des vents, tout en finesse, et l'articulation souple des cordes. Si cette symphonie semble à première vue un morceau dans la manière de Haydn, elle révèle surtout, formellement et orchestralement, toute l'évolution compositionnelle du compositeur.

Laure Dautriche