wölfli kantata ©
philippe stirnweiss
Quelques cantates
MUSICA
Palais des Fêtes, Strasbourg
22 et 23 septembre 2006
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Diagnostiqué comme schizophrène, interné
à Berne durant trente-cinq
ans, Adolf Wölfli (1864-1930) a donné son nom à
une uvre de Wolfgang Rihm - Wölfli-Lieder, 1982
- avant de trouver un nouveau porte-parole en la personne de Georges
Aperghis, familier des angoisses et dérèglements
humains. En effet, cette figure énigmatique de l'art brut
a laissé un matériau très riche qui fascine
à plus d'un titre : 25000 pages grand format reliées
dans des cahiers, comportant systèmes de notations, portées
musicales, récits fantastiques, illustrations, collages,
poèmes, dessins, écritures phonétiques, etc.
Créé le 22 juillet dernier au Festival Eclats de Stuttgart,
Wölfli Kantata est la première partition pour
chanteurs solistes et chur
a cappella du fondateur de l'Atelier Théâtre et Musique,
lequel explique :
"Cette cantate s'inspire du travail textuel et pictural
d'Adolf Wölfli, et se propose de développer certaines
pulsions qui s'y trouvent (remplissage excessif et compulsif de
l'espace, énumérations de chiffres, inventaire,
répétitions rituelles, détails agrandis inconsidérément,
surchargés, détour-nés sans cesse de leur sens
premier, polyphonies saturées, etc.) tout en gardant une
distance, une harmonie qui canalisent ces débordements
et proliférations. Il s'agit donc d'architectures, créant
des espaces fictifs, par-
fois reconnaissables, se combinant entre eux d'une manière
furtive et
éphémère. Ces figures musicales essaient d'y
trouver leur chemin com-
me dans un labyrinthe, puis finissent par tout envahir, abolissant
ainsi
le silence, instaurant un fonctionnement organique mais indolore".
Construite en cinq mouvements - Petrrohl (déjà
entendu en 2002),
Die Stellung der Zahlen, Vittriool, Trauer-Marsch,
Von der Wiege bis zum Graab -, l'uvre, d'une profondeur
rare, souvent incantatoire (fonction hyp-notique de la scansion
pianissimo), alterne parties à six voix solistes et
parties avec chur, d'une écriture très dense.
Qui aurait pensé croiser un jour le mot Amen chez
Aperghis ? S'il est rarement serein, le compositeur, maître
de sa langue au point de n'en revendiquer plus rien, est ici radica-lement
sombre. Accompagnés par le SWR Vokalensemble Stuttgart
dirigé avec beaucoup de nuance et d'énergie par Marcus
Creed (directeur artisti-que depuis 2003), les Neue Vocalsolisten
démontrent une fois encore
leur technique irréprochable.
Le lendemain, retour au Palais des Fêtes - qui n'a rien de
baroque, Madame Loyal, de même que le Champagne
ou le Crémant du Jura ne
font pas la fierté des Alsaciens
-, avec nos solistes
allemands. Bruno Mantovani présente Cantate n°1,
datant de 2002 mais réécrite cette année
à la lumière de son travail pour l'opéra. Quelques
musiciens de l' Ensem-ble 2e2m interviennent lors des passages
chantés - en solo, trio de voix aiguës, trio masculins,
etc.- ou pour de simples interludes. S'inspirant de onze poèmes
de Rainer Maria Rilke, cette pièce d'une quarantaine de minutes
porte en son titre la promesse de cantates à venir.
Avant cela, nous entendions Concertino (2001) pour trombone
et
ensemble, un travail séduisant sur le timbre et la couleur
de l'italien Aureliano Cattaneo - qui prépare, apprend-t-on,
un opéra sur le thème
du Minotaure -, mais aussi Pinocchio, una storia parrallela
(2006), de
Lucia Ronchetti. Née en 1963, cette élève
de Sciarrino, Grisey, et Murail a écrit une pièce
en madrigal pour quatre voix d'hommes, sur des textes de Giorgio
Manganelli (1922-1990). Inspiré par le célèbre
roman de Collodi paru en 1883, le membre du Gruppo 63 a écrit
différents dialogues entre Pinocchio - Daniel Gloger,
contreténor -, Gepetto, le grillon - Martin Nagy,
ténor -, Mangefeu - Guillermo Anzorena, baryton -,
ou encore la Mèche - Andreas Fischer, basse - ; mais
une section chorale s'élève aussi pour créer
des ambiances, tels les sons aquatiques sur le passage du Dau-phin.
Outre d'anecdotiques roulements de phonème pour le Grillon
ou
les bégaiements de peur, on s'attache au dynamisme et à
la beauté du texte, de même qu'aux moments de tristesse
du pantin, plein d'émotion.
Laurent Bergnach
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