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Début de résidence pour Tabea Zimmerman

Philharmonie de Luxembourg
13 octobre 2007

Artiste en résidence à la Philharmonie de Luxembourg, l'altiste Tabea Zimmerman sera présente en janvier pour des concerts solo pour les enfants, reviendra en février en tant que membre du Quatuor Arcanto,
puis en avril pour le Concerto d'Alfred Schnittke avec l'Orchestre National
du Capitole. Elle l'inaugure, ce soir, avec le Chamber Orchestra of Euro-
pe
, dans un programme assez inhabituel qui commence par le Concerto
pour clarinette
de Mozart, transcrit pour l'alto par Christopher Hogwood.
Le répertoire concertant pour alto n'étant guère fourni, il est légitime d'essayer de l'étoffer quelque peu en réalisant quelques adaptations ;
ce choix est judicieux, car les deux instruments possèdent des timbres
et des registres expressifs assez proches. Mozart aimait l'alto, il en tenait généralement la partie lors des soirées de musique de chambre auquel
il participait à Vienne, et a d'ailleurs marié l'instrument avec la clarinette - qu'il aimait également beaucoup - dans le magnifique Trio Kegelstadt KV 498. Rappelons qu'afin de compléter une commande qui l'ennuyait, le compositeur n'hésita pas à transcrire sans vergogne son concerto pour hautbois en son deuxième concerto pour flûte, et aussi qu'il composa son concerto pour une clarinette de basset - l'immense majorité des exécutions étant faite avec des clarinettes modernes, qui ne peuvent descendre aussi bas dans le grave. C'est donc déjà une transposition qu'on entend la plu-part du temps, l'original ayant d'ailleurs été perdu.

Ce principe accepté, on peut dès lors apprécier ce concerto pour alto à sa juste valeur, car le travail de Hogwood est consciencieux. Le résultat est à
la fois fidèle, car respectant la ligne générale et les principaux accents de
la partie soliste, et libre, car ne cherchant pas à imiter servilement le jeu de la clarinette, il donne à la partie soliste des traits purement violonistiques quand c'est nécessaire. Bien entendu, il est impossible à l'auditeur d'effacer de sa mémoire la version pour clarinette et son oreille fait automatiquement la comparaison entre les versions. Bien que moins attrayante, l'audition de l'adaptation demeure plaisante, et le manque de couleurs et de sonorités
de l'instrument à anches ne se fait pas trop sentir.

Ce Concerto pour alto ne sera jamais un tube, mais on ne peut qu'encou-rager les altistes à le mettre à leur répertoire, auquel il constitue un ajout précieux. Tabea Zimmerman en donne une interprétation très convaincante, grâce à sa chaude et riche sonorité, et à un jeu décanté et sans fioritures,
au vibrato léger. On apprécie sa rayonnante virtuosité, au service d'une expressivité sans affectation dans les deux allegri, juste entachée de quel-ques dérapages de l'archet, peu importants, dans le Finale. Sa simplicité expressive est particulièrement opportune dans l'Adagio, qu'elle ne surjoue pas, alors que l'écriture violonistique semble l'inviter à allonger les notes et à épaissir l'articulation, jusqu'au pathos. Très équilibré, l'accompagnement du Chamber Orchestra of Europe, dirigé du violon par Lorenza Borrani,
est chaleureux, attentif et coloré.

Evincée dans Mozart, la clarinette fait un retour en force avec l'Octuor de
Paul Hindemith qui lui réserve une place prépondérante. Dernière œuvre
de musique de chambre de l'auteur, il fut créé en 1958 à Berlin. Il fait con-certer un groupe de cordes (violon, deux altos, violoncelle et contrebasse) avec une clarinette, un cor et un basson. Ses cinq mouvements, d'aspect fortement contrapuntique, sont d'une grande rigueur structurelle. Le com-positeur use de la fugue, du canon, des variations et de la passacaille
avec une science consommée, mais sans que ce formalisme soit sec ou pédant, car la beauté sérieuse des thèmes et de leurs développements, la variété des sonorités et la riche palette de couleurs - à dominante sombre - des combinaisons instrumentales rendent l'œuvre très séduisante. Le public de la Philharmonie semble captivé par la superbe exécution qu'en donnent les chefs de pupitres, renforcés par Tabea Zimmerman au poste de premier alto. La technique instrumentale de ces virtuoses est superla-tive, offrant une sonorité d'ensemble à la fois ronde, pleine et homogène
- avec une mention pour un clarinettiste aux solos très inspirés.

Après la pause, Tabea Zimmerman prenant le poste de chef d'attaque
des altos, on retrouve l'orchestre au complet dans un exercice difficile : l'exécu-tion sans chef d'une symphonie du répertoire. C'est la spécialité
de l'Orpheus Chamber Orchestra de New York, que pratiquent de temps à autres certaines formations sur instruments anciens, généralement dans des pages de Haydn ou de Mozart. Ici, l'on joue la Première de Beethoven, ce qui n'est pas un mince exploit, car l'effectif est important et, mis à part quelques très légers décalages, l'exécution est d'une précision excellente. Cette version se révèle véloce et énergique, avec des équilibres instrumen-taux très fins, portée par un enthousiasme collectif évident. Il y manque cependant un peu de prise de risque, car les quatre mouvements s'en-chaînent sans vraiment marquer l'auditeur, comme de beaux moments qu'on oublie vite. Le concert reste cependant d'un bon niveau.

Richard Letawe