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Tournée européenne du New York Philharmonic

Philharmonie de Luxembourg
17 mai 2007

Ce mois de mai, le New York Philharmonic était en tournée européenne, sous la direction de son chef Lorin Maazel. La dernière étape du voyage
les conduisait à Luxembourg pour deux concerts qui ont attiré la toute grande foule à la Philharmonie.

Le premier rendez-vous débute par l'Ouverture Leonore III de Beethoven. Dès l'abord, Lorin Maazel fait admirer sa technique de direction hors du commun. La battue semble parfois un peu nonchalante, les gestes ont peu d'amplitude et sont peu spectaculaires, mais le contrôle sur l'orchestre, qu'il anime d'un simple mouvement des doigts, est fabuleux. Cette prodigieuse technique est bien connue, légendaire même, mais il est toujours extrême-ment instructif de la voir à l'œuvre, car Maazel est bien le seul chef au mon-de à donner l'impression que la musique provient de son estrade et que,s'il restait immobile, aucun son ne sortirait de l'orchestre. Grand chef, Maazel est cependant un musicien qui manque parfois d'idées, et qui se complait dans l'exhibition de ses talents. Ainsi, cette Leonore III est jouée comme une pièce de démonstration, dans une version très fouillée et lisible mais peu exaltante, et dont l'urgence dramatique et l'élan sont absents d'un Allegro patelin et confortable. Rien à redire, par contre, sur le Presto conclusif, mené triomphalement, avec énergie et précision.

La deuxième œuvre du programme permet d'entendre deux des solistes
de l'orchestre : Glen Dicterow, concertmaster depuis 1980, et Carter Brey, premier violoncelliste. Ils jouent un Concerto pour violon et violoncelle de Brahms qui laisse des impressions mitigées, essentiellement dans le 1er mouvement que le violoncelliste attaque par un solo très démonstratif, aux intentions trop appuyées et au sentimentalisme sirupeux. Son compère vio-loniste est plus sobre, mais sa sonorité est étriquée et le duo timide, régu-lièrement mangé par un orchestre puissant qui ne joue pourtant pas spé-
cialement fort. L'Andante n'est pas de la même eau ; plus inspirés, les solistes jouent avec simplicité et beaucoup de cœur, dans un tempo
assez allant, et font vivre ce beau mouvement fraternel et chaleureux
de façon naturelle et convaincante. Ils poursuivent sur leur lancée dans
le Finale, lancé tambour battant, léger et virtuose, mais ne tiennent pas tout à fait la distance. La fatigue se fait sentir, le son perd de sa puissance et le mouvement se termine dans une légère confusion.

Cette baisse de régime est compréhensible : nous sommes au 13ème concert de la tournée, le Double concerto a été joué plusieurs fois et ses protagonistes tiennent par ailleurs leur poste dans l'orchestre. Soumis à
ce rythme, il est logique que ces valeureux musiciens aient de temps à autre une petite baisse de régime, et ils s'en sortent finalement avec
les honneurs.

La dernière œuvre du programme est le Concerto pour orchestre de
Bartók, une pièce dont les orchestres américains ont fait leur cheval de bataille. Maazel et ses musiciens en donnent une exécution roborative et séduisante, aux couleurs vives et aux sonorités amples et chaleureuses. Les solistes s'y couvrent de gloire : clarinette, cor anglais, flûte y sont remar-quables, de même qu'un ensemble de cuivres particulièrement riche et so-nore. Au long de ce concert, le New York Philharmonic impressionne par sa discipline et par son aisance. Les sonorités ne sont pas les plus belles du monde (des cordes assez âcres et sèches), mais la virtuosité collective de la formation, son énergie et sa puissance, son assurance mâle, sont difficiles à surpasser.

Richard Letawe