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Esa-Pekka Salonen
et le Philharmonia Orchestra
Palais des Beaux Arts, Bruxelles
8 novembre 2005
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Le chef Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra
sont des
fidèles du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le mélomane
attentif, qui
se souvient avec extase de quelques Bartók et Stravinsky
légendaires, ne rate sous aucun prétexte les assez
nombreuses visites du musicien fin-
landais et de l'orchestre londonien dans la capitale belge. La soirée
dé-
butait avec la version originale d'Une nuit sur le mont Chauve
de Modeste Moussorgski. Moins brillante que la révision
de Rimski-Korsakov, cette édition de la main du compositeur
russe présente une orchestration plus originale et exacerbée.
Dans une musique barbare taillée pour lui, le maestro fait
rugir un
orchestre précis et dynamique. La Suite du Mandarin
merveilleux de Béla Bartók est l'un des
chevaux de bataille de Salonen qui est capable d'en tirer un raffinement
puis une violence inouïe. Aidé par un Philharmonia toujours
aussi cursif, il offre une interprétation jubilatoire qui
culmine dans un final ébouriffant de virtuosité et
de puissance.
Après cette musique de puncheur, changement radical
de registre avec
la version intégrale du ballet L'Oiseau de feu de
Igor Stravinsky. Suite aux cimes vertigineuses atteintes
dans cette première partie, on espérait une interprétation
magique et flamboyante du chef d'uvre du compositeur du Sacre.
Malheureusement, le chef d'orchestre se fourvoie dans une lecture
chichiteuse et brutale de la partition. Si l'enregistrement
des mêmes mu-
siciens (chez Sony) présentait déjà plus une
succession d'événements qu'une vision globale, force
est de constater que ce travers s'amplifie largement ici. Les passages
mélodieux et méditatifs sont certes magnifi-quement
maîtrisés, mais il n'y a ni magie ni mystère
dans cette exécution. Salonen amplifie de façon fort
inopportune les épisodes virtuoses, à l'ima-ge d'une
danse infernale du roi Kachtcheï et de ses sujets menée
à l'aide de plâtrées de percussions. Dans cette
uvre, Dohnányi, Boulez et Haitink vont autrement plus
loin tout en montrant que finesse et puissance arrivent à
faire bon ménage. Si le Philharmonia Orchestra fait preuve
d'une techni-que, d'une assurance et d'une dynamique sidérantes,
les timbres restent trop neutres et manquent de couleurs et de richesse
pour une telle musique.
Pour un public conquis d'avance, Salonen offre en bis, le
Jardin féerique, final de Ma mère l'Oye
de Maurice Ravel, superbe de maîtrise, mais
sans l'enchantement requis.
Pierre-Jean Tribot
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