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Johannes Passion
Palais des Beaux Arts, Bruxelles
5 avril 2006
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En cette période pré pascale, le Palais des Beaux
Arts de Bruxelles accueille la Passion selon Jean de Bach.
La musique sacrée baroque remplit facilement le lieu, d'autant
plus que l'uvre était jouée par un ensemble
belge particulièrement apprécié du public :
La Petite Bande
sous la houlette de son fondateur, Sigiswald Kuijken. Auteur
d'un enre-gistrement qui fit date (chez DHM), on attendait beaucoup
de cette interprétation. Las, ce concert se révéla
assez décevant.
En premier lieu, il faut regretter le manque d'engagement des musiciens
de La Petite Bande, menée plus spirituellement qu'impulsivement
par le chef belge depuis le violon. C'est plus une lecture honorable
des notes qu'une interprétation passionnée et engagée
qui nous fut offerte. Certains moments s'avèrent scolaires
comme l'accompagnement de l'aria Er ist Vollbracht, tandis
que dans de très rares passages, essentiellement lors des
interventions chorales, la machine s'emballe et atteint enfin un
rythme assez satisfaisant sans atteindre l'inoubliable.
Les passions sont portées par la partie de l'Evangéliste.
Force est de constater que le ténor suisse Bernhard Hunziker
n'a pas l'envergure vocale et musicale du rôle : le timbre
est disgracieux, l'intonation peu précise et la technique
assez aléatoire. On peut en dire autant de l'alto Petra
Noskaiova qui passe, elle aussi, très loin de son sujet.
Mention passable pour la jeu-ne basse belge Jan Van der Crabben
: le timbre ne serait pas trop laid et
la musicalité certaine ; cependant, ce jeune chanteur doit
encore mûrir son propos pour s'affirmer comme un Jésus
crédible. Rayon de soleil de cette soirée, le soprano
Sunhae Him illumine de son superbe timbre ses airs.
Au fil de ses apparitions, cette chanteuse - qui ne déçoit
jamais - s'impose comme l'une des artistes les plus intéressantes
du moment. Selon l'habi-tude musicologique actuelle d'un retour
rigide à l'esprit du Cantor de Leip- zig, Sigiswald Kuijken
limite le chur à un chanteur par partie. On pouvait
craindre le pire dans une salle aussi vaste, mais l'excellence de
l'acous-tique vint au secours des musiciens. Cela étant,
cette petite formation composée de Marie Kuijken,
Patrizia Hardt, Yves Van Handenhove et Marcus Niedermeyer,
peine aussi à s'imposer.
Un concert assez à l'image de l'évolution du mouvement
baroque actuel :
les pionniers s'embourgeoisent et s'assoupissent, tandis que les
jeunes loups ont tendance à trop en faire.
Pierre-Jean Tribot
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