© andrea kremper
Boulez dirige l'Ensemble Modern Orchestra
Herbstfestspiele
Festspielhaus, Baden Baden
26 septembre 2007
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L'on connaît l'Ensemble Modern, mais c'est bien la première
fois qu'en s'accolant le terme Orchestra, on lui comptera
environ cent vingt musiciens ! Il les fallait bien pour donner le
programme de ce soir ouvert par les répons des deux pianos
de ...auf...II de Mark André encadrant la vaste
formation. Ils dessinent un espace qui ne demande qu'à s'animer,
les cordes y
faisant bientôt une entrée d'abord timide où
le compositeur joue avec des périphéries non vibrées,
intégrant à sa manière Lachenmann et Pesson
tout en accusant des ponctuations soudain sculpturales. Du bruissement
général sourd peu à peu un vrombissement ligetien
par lequel, loin de s'épuiser dans une collection de procédés
attendus, l'auteur affirme une dérive plus personnelle. Pierre
Boulez conduit magistralement le suspens de cette création
à la verve chuchotée qui ne ressemble à aucune
autre.
La musique retourne d'où elle venait, un clac de piano, impulsion
avortée, sans écho. Emu, Mark André salue le
chef, les instrumentistes et le public et disparaît derrière
un gros bouquet.
Encore et toujours étonnant, Boulez livre les Amériques
de Varèse dans une grande précision des alliages
timbriques, une gestion incomparable des brouilles organisées,
des surgissements ici rendus spontanés, à travers
une progression soignée des contrastes. Il dessine l'uvre
dans l'impalpable par une sonorité néanmoins scrupuleusement
définie,
fureur et mystère se conjuguant dans un fascinant paradoxe.
Précieuse, l'acoustique du Festspielhaus permet de goûter
la complexité des textures, ainsi que l'ambitus du geste
général. Le chef maintient son approche à l'extrême
bord du rite qu'il ne laisse pas naître, et c'est subtilement
qu'il resserre peu à peu les rênes, soulignant la joyeuse
mise en commun des pupitres sur une bacchanale jambes de bois
dans le dos : il a décidément le génie
de ces déchaînements ! Cette interprétation
lui vaudra rien moins que cinq rappels avant l'entracte.
Commandé et créé par Rattle et la Philharmonie
de Berlin, Towards
Osiris de Matthias Pintscher convoque un effectif moins
expansif. Le geste s'emballe assez vite, dans une plasticité
de bon aloi, associé à des halos de jazz symphonique,
non dépourvus d'une relative incongruité sous la battue
de Boulez. Quoique d'une facture maîtrisée, traversée
d'une énergie appréciable qu'agrémente un lyrisme
réconcilié avec les Viennois via Wolf-gang Rihm, l'uvre
pourrait bien accuser la maladresse de n'être que trop adroite.
Pour ainsi dire à la maison, Pierre Boulez conclut
la soirée par ses Notations, extensions (parfois proliférantes)
plutôt qu'orchestrations de
cinq des douze pages pianistiques de 1946. La 1ère est livrée
dans l'élé- gance d'un fin tissage, la 7ème
(la plus jeune) suspend la ponctuation qu'elle retarde en laissant
grandir le désir qu'on en a, tout en jouissant du son - de
ses raffinements, de ses ramifications -, rehaussée des
effets de flûte si chers à l'auteur. Les entrelacs
paraissent vivre, évoluer sous nos yeux. Plus musclé,
le dessin massif de la 4ème, tout marmoréen qu'il
soit, laisse chanter les cuivres, avant que le voyage accompagné
de la 3ème Notation dans la texture confronte l'écoute
à des sécrétions quasiment minérales.
Rapide comme jamais (ce qui témoigne de la fiable réactivité
de l'Ensemble Modern Orchestra), la 2ème se révèle
frais bondissement, presque juvénile. De fait, remerciant
le bel enthousiasme du public, le compositeur la reprend en guise
de bis... plus vite encore !
Bertrand Bolognesi
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