Chroniques

par irma foletti

La traviata | La dévoyée
opéra de Giuseppe Verdi

Macerata Opera Festival / Sferisterio
- 11 août 2018
La cheffe Keri-Lynn Wilson joue La traviata au Macerata Opera Festival
© alfredo tabocchini

Créée en 1992 au Sferisterio et reprise plusieurs fois in loco, la production d’Henning Brockhaus est une valeur sûre. Ce spectacle a même été baptisé La traviata dello specchio, c’est-à-dire du miroir, l’élément majeur des décors de Josef Svoboda, scénographe disparu en 2002 après avoir signé près de sept cents réalisations. Cette production fut également adaptée pour des plateaux de plus petites dimensions et tourna, ces dernières années, dans un grand nombre de théâtres, jusqu’au Japon ou en Corée, et, plus près de nous, à l’Opéra de Toulon en 2016.

Couchée sur le sol avant le début de la représentation, la paroi de miroirs se déplie ensuite pour former un angle à quarante-cinq degrés ; elle refléte ainsi, pour la vision des spectateurs, les toiles tendues à terre. C’est d’abord une collection de dessins de femmes nues chez Violetta, puis une maison à la campagne au deuxième acte, suivie d’un champ de pâquerettes, puis de scènes de salon en noir et blanc pour la réception chez Flora. Les toiles disparaissent au troisième pour souligner le dénuement des derniers instants de l’héroïne, un grand lit est en bonne place ainsi qu’une table à maquillage où la dévoyée regardera son image dans la glace, une perruque sur la tête, témoin de ses heures de gloire passée. Pour le final, le miroir géant se redresse à la quasi verticale, pendant que les projecteurs éclairent l’auditoire. Effet garanti : photos, flashs, les voisins qui discutent (« Regarde, génial... on se voit ! ») – il faut à ce propos signaler que le public n’est apparemment pas composé uniquement d’amateurs d’opéra mais aussi de spectateurs moins attentifs, dont certains chuchotent continûment...

Nous ne connaissions pas la cheffe d’orchestre Keri-Lynn Wilson, mais sa direction du chef-d’œuvre verdien ne convainc guère. Le style reste solide et certainement classique, toutefois très démonstratif par moments (les coups de grosse caisse et de timbales sur Amami Alfredo réveilleraient les morts !). La prestation est dénuée de touche personnelle, sinon d’originalité. Les tempi sont parfois très lents, trop lents pour maintenir la tension sur scène, et peuvent mettre les chanteurs en difficulté. Les musiciens ne sont pas non plus sans reproches, l’exemple le plus frappant étant l’ensemble des cordes dans le passage introductif de l’entrevue Violetta/Alfredo chez Flora, où la rapidité d’exécution fait défaut à plusieurs instrumentistes.

Sur le plan vocal, c’est le soprano Salome Jicia qui domine dans le rôle-titre, voix large de fort belle couleur sombre dans le grave, à qui les passages d’agilité de Sempre libera ne posent aucun problème, ayant fréquenté des rôles rossiniens bien plus périlleux dans ce domaine [lire nos chroniques des 5 mai et 18 mars 2018, puis des 15 août et 29 juin 2017]. On est toutefois surpris par plusieurs aigus émis en agressivité au premier acte, problème confirmé par le contre-mi bémol crié comme rarement, qui conclut sa grande aria. Il faut reconnaître aussi que l’actrice n’est pas à son meilleur en courtisane, mais qu’elle s’épanouit bien davantage dans le drame des deux actes suivants.

Iván Ayón Rivas (Alfredo Germont) est un jeune ténor à la voix saine, sans grande souplesse sur Libiamo ne’ lieti calici, qui fait preuve de délicatesse sur les passages élégiaques, comme Un di, felice, eterea, et assure son contre-ut concluant la cabalette O mio rimorso en début d’Acte II. L’interprétation reste à travailler, le personnage étant pour l’instant peu charismatique ni parfois très présent, comme chez Flora où Alfredo joue au jeu d’argent sans fièvre, ni conviction. Si visuellement, le Germont d’Alberto Gazale est plus adéquat, c’est vocalement que le bât blesse : instrument usé, vibrato développé, et le chanteur se montre prudent, voire fragile, à la fois en ce qui concerne la justesse et la puissance. Il n’est pas aidé par la pulsation très lente sur Di Provenza il mar, il suol où ses réserves de souffle sont comptées. Les rôles secondaires vont du bon (comme Flora, Douphol), à l’insuffisant (Gastone), en passant par l’acceptable (Il dottor Grenvil).

IF