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Chroniques

par gérard corneloup

I Capuleti e i Montecchi | Les capulet et les Montaigu
opéra de Vincenzo Bellini

Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse
- 22 novembre 2009
© cédric delestrade | acm-studio

Parmi les ouvrages lyriques écrits par le chantre attitré du bel canto, I Capuleti e i Montecchi n’est pas vraiment le plus souvent représenté, loin derrière Norma ou La Somnambule. D’où l’intérêt du spectacle présenté en terre avignonnaise, en coproduction avec l’Opéra de Tours, qui rendait bien justice à la partition et au compositeur même, il faut bien en convenir, si ce n’est pas là son œuvre la plus inspirée, trop marquée par un appauvrissement de l’inspiration au fil des actes.

D’ailleurs, c’est aussi l’avis du metteur en scène, Nadine Dufaut, laquelle ne craint pas d’écrire dans une déclaration figurant en bonne place dans le programme, que cette musique « malheureusement cette-fois-ci, accuse quelques faiblesses ». On pourrait en dire autant du travail scénique ici réalisé, dans les décors interchangeables d’Emmanuelle Favre et les costumes plutôt laids de Katia Duflot. Un travail qui ne manque pourtant pas de qualités, malgré les conventions d’un thème archi rebattu, joue la simplicité, les effets de masses et les combats habilement placés derrière un tulle, mais s’avère nettement moins heureux sur le proscenium où les chanteurs font au mieux, jusqu’à d’étonnants hommes noirs masqués peuplant tant bien que mal la (longue) scène finale.

La direction et la distribution n’apportent, en revanche, que du bonheur à l’oreille. Le jeune chef new-yorkais Jonathan Schiffman (directeur artistique et chef principal de l’Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence) développe de bout en bout une lecture vivante et vibrante, tour à tour colorée et moirée, mettant bien en valeur les voix solistes et essayant d’homogénéiser un orchestre trop souvent en délicatesse avec la tonalité.

La distribution ne peut que remporter tous les suffrages, à commencer par Karine Deshayes qui prend à bras le corps le difficile rôle de Roméo, se jouant des difficultés accumulées là par le compositeur. Ermonela Jaho apporte beaucoup de vocalité et de musicalité à son amoureuse Juliette et le tout jeune ténor Ismaël Jordi, à la belle présence scénique, est un impeccable Tebaldo plutôt bien entouré par Federico Sacchi (Capellio) et, surtout, Patrick Bolleire (Lorenzo).

Un Bellini à mieux connaître.

GC